26 février 2009
Monsieur Teste
Bien avant les "weblogs" Paul Valery avait fait suivre sa promenade avec Monsieur Teste d'un " Log-Book" :
"une prière de M. TESTE : Seigneur, j'étais dans le néant, infiniment nul et tranquille. J'ai été dérangé de cet état pour pour être jeté dans le carnaval étrange... et fus par vos soins doué de tout ce qu'il faut pour pâtir, jouir, comprendre et me tromper
- Je confesse que j'ai fait une idole de mon esprit, mais je n'en ai pas trouvé d'autre
_ Je ne suis pas fait pour les romans ni pour les drames. Leurs grandes scènes, colères, passions, moments tragiques, loin de m'exalter me parviennent comme de misérables éclats, des états rudimentaires où toutes les bêtises se lâchent, où l'être se simplifie jusqu'à la sottise
- Pourquoi j'aime ce que j'aime ? Pourquoi je hais ce que je hais ?Qui n'aurait le désir de renverser la table de ses désirs et de des dégoûts ? De changer je sens de ses mouvements instinctifs ?
- il est impossible de recevoir la "vérité" de soi-même. Quand on la sent se former (c'est une impression) on forme du même coup un autre soi inaccoutumé... dont on est fier dont on est jaloux
- C'est ce que je porte d'inconnu à moi-même qui me fait moi. C'est ce que j'ai d'inhabile, d'incertain qui est bien moi-même
- Soumets-toi tout entier à ton meilleur moment, à ton plus grand souvenir
- De quoi j'ai souffert le plus ? Peut-être de l'habitude de développer toute ma pensée, d'aller jusqu'au bout en moi
- je méprise vos idées pour les considérer en toute clarté et presque l'ornement futile des miennes ; et je les vois comme on voit en pleine eau pure, dans un vase de verre, trois ou quatre poissons rouges faire, en circulant, des découvertes toujours naïves et toujours les mêmes
- Dégoûté d'avoir raison, de faire ce qui réussit, de l'efficacité des procédés,essayer autre chose
25 février 2009
les paravents
Dans cette pièce jean Genet dénonce sans complaisance les atrocités de la guerre d'Algérie
Les Paravents ne servent pas à cacher la situation mais à créer d'une façon extrêmement mobile le décor
Saïd est un jeune arabe misérable qui est né et a grandi dans une décharge publique. Il est si pauvre qu'il n'a pu se payer une fiancée et a été obligé de prendre la fille la plus laide du village
Ce couple symbolise la crasse, la pauvreté, les instincts les plus bas et joue le rôle d'icône et de bous émissaire au point de devenir une référence et de susciter une sincère admiration de la part de tous ceux qui souffrent
Saïd incarne un héros négatif, la glorification du péché
" On n'a pas autre chose à vivre que les péchés, il faut les vivre. Je n'ai rien contre Dieu, mais il voit qu'il nous a laissé que les péchés Et qu'est-ce donc, messieurs, que prendre le deuil, sinon s'enlaidir ? Se couvrir de crêpe, de cendres, de boue, de mouches, de bouse de vache, laisser que pousse la barbe, que s'amasse la crasse dans les replis de la peau, se crever les yeux, se raboter les doigts, qu'est-ce donc, messieurs, que prendre le deuil ? Que Saïd soit béni !
10 février 2009
Une brève histoire de l'avenir
C'est surtout l'histoire du passé qui m'a intéressé. Jacques Attali dégage les grands principes de ce qu'il appelle l'ordre marchand qui a succédé dans l'histoire de l'humanité à l'ordre rituel, sous l'autorité des religieux, puis à l'ordre militaire (clergé, noblesse, tiers état)
Depuis le début du XIV ème siècle quelques grands ports ont cristallisé toute l'activité marchande du monde. Attali les appelle des "coeurs". Ils doivent réunir un certain nombre de conditions : un arrière pays suffisamment riche et surtout la présence aux commandes d'une classe créative caractérisée par son goût du neuf et sa passion de la découverte
Depuis 1300 jusqu'à nos jours, il y en a eu 9 : Bruges, Venise, Anvers, Gênes, Amsterdam, Londres; Boston, New York et Los Angeles
la suprématie de chacun a souvent été appuyée sur une innovation technologique majeure comme le gouvernail d'étambot, l'imprimerie, la machine à vapeur, l'automobile, le moteur électrique ou le microprocesseur ; leur effondrement est dû le plu souvent à des faillites bancaires
Dans la deuxième partie de son livre; lorsque Jacques Attali s'efforce de prévoir l'avenir cela devient un véritable cauchemar : il n'y aura pas, nous dit-il de dixième "coeur". Les nations uniquement guidés par l'appât du profit fusionneront entre elles pour créer un "hyperempire" dans lequel les activités marchandes deviendront itinérantes, soit sous la forme du théâtre avec des équipes mobiles qui se rassemblent autour d'un produit ou d'une idée et se déplacent de ville en ville pour porter la bonne nouvelle ; soit sous la forme du cirque avec une idée qui rassemblera sur un point précis des spécialistes venus de points divers
Malheureusement cet hyperempire va rapidement être la proie de querelles internes qui déclencheront une hyperviolence susceptible de détruire la planète
À part que les hommes soient assez sages pour créer auparavant une "hyperdémocratie" !
04 février 2009
Leila
Lorsque George Sand écrit Léila, elle n'a pas encore 30 ans mais son caractère est déjà affirmé et certains lecteurs voient dans ce roman un e description de l'écrivain
Léila est une belle femme insensible et hautaine :
" La majesté pleine de tristesse qui entourait Léila comme d'une aurélle l'isolait presque toujours au milieu du monde : c'était une femme qui, en public, ne se livrait jamais à ses impressions. Elle se cachait dans son intimité pour rire de la vie, mais elle la traversait avec une défiance haineuse et s'y montrait sous son aspect rigide pour éloigner d'elle' autant que possible, le contact de la société"
Son tempérament de fer est à l'étroit dans son corps de femme
" Femme, j'aurais aimé les combats, l'odeur du sang, les étreintes du danger"
Elle se complet avec des amants beaucoup plus jeunes qu'elle ( on pense à Musset et à Chopin) qu'elle traite comme des enfants :
" À ton âge l'imagination gâte les fruits les plus savoureux, appauvrit toutes les jouissances ; à ton âge on ne sait profiter de rien, on veut tout connaître, tout posséder, tout épuiser"
Le pauvre Sténio, jeune poète amoureux devra se contenter d'un amour maternel :
" Tenez, je n'ai jamais été mère, mais j'ai pour vous le sentiment que j'aurais eu pour mon fils"
Malgré les expériences plus ou moins mystiques qu'elle a tenté, Léila est dévorée par l'ennui :
" Tout s'épuise pour moi, tout s'en va. C'est un grand malheur de n'avoir pu s'attacher à rien et de ne pouvoir plus rien désirer sur la terre