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notes de lecture et photos de famille

30 novembre 2009

La Nouvelle Héloïse

Le roman épistolaire de J.J. Rousseau comprend 164 lettres qui racontent les amours malheureuses et contrariées de Julie et de Saint Preux. Rousseau écrit quelque part dans ses commentaires qu'il se sentirait incapable de mettre en scène des scélérats et des voyous : " Il me semble qu'on devrait gémir d'être condamné à un travail si cruel : ceux qui s'en chargent doivent être bien dévorés du zèle de l'utilité publique. Pour moi, j'admire de bon coeur leurs talents et leurs beaux génies ; mais je remercie Dieu de ne me les avoir pas donnés " Heureusement, il en a d'autres et notamment celui de nous rendre attachants deux amants passionnés que le sort et les conventions sociales s'acharnent à séparer. Et cela grâce à le magie de ses mots, à la musique de sa langue qui font du lecteur l'auditeur d'un concert.
Julie a été contrainte par son père d'épouser un vieil ami de la famille et elle écrit à son ancien amant :

" le jour qui devait m'ôter pour jamais à vous et à moi-même parut le dernier de ma vie. J'aurais vu les apprêts de ma sépulture avec moins d'effroi que celui de mon mariage " Elle pense tout d'abord à chercher du secours auprès de la religion. Hélas, elle voit bien que sa foi est très superficielle " de se borner à des formules et de croire exactement en Dieu à certaines heures pour n'y plus penser le reste du temps. J'avais des maximes pour croire et d'autres pour agir : j'oubliais dans un lieu ce que j'avais pensé dans l'autre ! J'étais dévote à l'église et philosophe au logis ..."

Mais Julie est marié à un brave homme ( tout le monde est brave chez Rousseau ) à qui on ne saurait mentir. Elle écrit à Saint Preux : " Ma conduite passée est ignorée de M. de Wolmar ; mais une sincérité sans réserve fait partie de la fidélité que je lui dois. J'aurais déjà cent fois tout avoué, vous seul m'avez retenue... et je n'ai point voulu le faire sans votre consentement "

La réponse de Saint Preux est pleine de bon sens : " Croyez-moi, vertueuse Julie, défiez-vous d'un zèle sans fruit et sans nécessité. Gardez un secret dangereux que rien ne vous oblige à révéler, dont la communication peut vous perdre et n'est d'aucun usage à votre époux... N'empirez point volontairement vos maux, de peur qu'ils ne deviennent plus forts que votre courage, et que vous ne retombiez à force de scrupules dans un état pire que celui dont vous avez eu peine à sortir... Si ce fatal secret vous pèse si cruellement, attendez du moins pour vous en décharger que le temps, les années, vous donnent une connaissance plus parfaite de votre époux, et ajoutant dans son coeur, à l'effet de votre beauté, l'effet plus sûr encore des charmes de votre caractère, et la douce habitude des les sentir "

Naturellement la prude Julie n'écoutera pas ce conseil et le sage M. de Wolmar , mis au courant ne trouvera d'autre vengeance que d'inviter chez lui l'ancien amant :

" La plus sage et la plus chérie des femmes vient d'ouvrir son coeur à son heureux époux. Il vous croit digne d'avoir été aimé d'elle, et il vous offre sa maison. L'innocence et la paix y règnent ; vous y trouverez l'amitié, l'hospitalité, l'estime, la confiance. Consultez votre coeur et s'il n'y a rien là qui vous effraye, venez sans crainte. Vous ne partirez point d'ici sans y laisser un ami "

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12 novembre 2009

Le grincheux

Je trouve dans une édition complète des oeuvres d'André Gide cette petite nouvelle étonnante peu connue où l'auteur, comme un exorcisme , a voulu décrire ce qui pourrait lui arriver : " que je sois profondément malheureux, il va sans dire. ce qui m'irrite c'est de rencontrer tant de gens qui ne comprennent pas que le malheur est l'état naturel de l'homme ; tant de gens qui n'aient pas conscience de ce malheur, qui acceptent d'un coeur léger leur infortune, qui, somme toute, soient malheureux sans le savoir. Et ce dont je souffre  le plus, ce n'est pas du malheur inhérent à l'espèce humaine, mais bien de l'inconscience des hommes. Par inconscience, par légèreté, ils trouvent le moyen de n'être pas aussi malheureux qu'ils le doivent ; c'est à dire : ne pas se sentir aussi malheureux qu'ils le sont...

Je crois que je serais moins malheureux sans les autres ; sans cet absurde bonheur des autres. Si seulement les autres cessaient de l'être, je pourrais commencer d'être heureux

Une des épreuves de ma vie et qui revient périodiquement chaque année, c'est celle des fêtes de Noël. Il est d'usage dans la famille de ma femme, de se grouper autour d'un conifère symbolique, illuminé de petites bougies, paré d'affûtiaux brillants et dont la base  est environnée de menus cadeaux que les membres de la famille ont coutume, ce soir là, de se faire les uns aux autres? Que peuvent bien signifier, je vous le demande, cette profusion de cadeaux à des êtres déjà comblés ?

Et cela date de 1925 !

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01 novembre 2009

L'argent des autres

J'ai revu avec bonheur cette pièce qui est re-programmée au théâtre de Nice  et diffusée à la télévision avec Michel Boujenah dans le rôle du méchant liquidateur qui rachète pour les détruire les usines qui valent plus chers mortes qu'en fonctionnement. Tout cela sans état d'âme pour le personnel ou les dirigeants qui ne vivent que pour et par leur travail

Les seules personnalités prises en compte seront les actionnaires qui ont mis de l'argent dans cette aventure dans le seul but d'en gagner davantage. Peu importe les difficultés financières ou techniques, la conjoncture, la crise. Si cette entreprise ne fait plus de bénéfice; ils retireront leur argent pour l'investir ailleurs. Seuls les bénéfices comptent : l'argent n'a pas d'odeur, il ne fait pas de sentiment

Boujenah était très à l'aise dans son rôle de crapule qui est tellement lié à notre époque qu'on hésite à le trouver odieux. Comme les cataclysmes, c'est un mal nécessaire contre lequel on ne peut rien. La vie et le capitalisme sont ainsi faits qu'on ne peut pas éviter leurs dérives. Ce n'est pas la faute d'un homme : le phénomène est inévitable et pour ainsi dire, naturel

Ceux qui sont à plaindre, ce sont les derniers romantiques qui croient encore à la valeur du travail, aux idéaux et à la bonté de l'homme...

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