Alexandre Jollien  est handicapé. S'il est déprimant de l'entendre parler, il est, au contraire extraordinairement enrichissant de le lire. C'est un grand philosophe et il propose dans un petit livre ( assorti d'un disque que je n'ai pas pu écouter) des recettes pour le bonheur

         Qu'appelle-t-il abandon ? Ce n'est pas une démission, une acceptation qui demande un travail un acte volontaire ( il faut accepter son sort ! ). Il s'agit davantage d'un " laisser-être", d'avoir la candeur et la disponibilité d'un enfant ( Alexandre a lui-même 3 jeunes enfants)

       Dans de courts chapitres l'auteur explore un certain nombre de notions simples en s'aidant de la pensée des grands philosophes européens depuis Aristote jusqu'à Pascal, Nietzsche et Spinoza

L'amour inconditionnel "c'est la bienveillance totale envers ce qui est ici et maintenant... c'est vouloir le bien de l'autre sans lui imposer sa propre vision du bien"

    Ce qui rend malheureux, c'est de se comparer aux autres, de se demander : " Qu'est qu'il me faut pour être heureux ?" A Spinoza qui prétendait que notre monde est parfait, un contradicteur disait :  "Aux aveugles il manque  la vue !"  il répondit : " Et à vous est ce qu'il vous manque des ailes ?"

    La tradition philosophique du bouddhisme, c'est la voie du détachement : Se débarrasser de de toutes les représentations mentales dont on recouvre les choses, les êtres et  nous-mêmes en fin de compte. Le Soutra du Diamant pourrait se résumer ainsi : " Le Bouddha n'est pas le  Bouddha, c'est pourquoi je l'appelle le Bouddha ". C'est à partir du moment où je sais que les étiquettes enferment les choses et les gens, et que cela les tue, que je peux en faire usage. Tout ce qu'on croit savoir sur la réalité, ce ne sont que des étiquettes qui la figent... Moi-même à chaque respiration je meurs et je renais

     Alexandre Jollien est un grand malade. Il raconte dans son livre : " L'autre soir, j'étais dans mon lit, le sommeil ne venait pas. J'avais une gouttière dans la bouche pour limiter les tensions de ma nuque. J'avais une pompe à respirer sur le nez pour mieux dormir et un truc aux jambes pour diminuer les douleurs ". A ce stade il semble naturel de se demander : Quel est le sens de la vie ? Voici sa réponse : " Il n'y pas de sens à l'existence. Pas de sens que l'on pourrait trouver à posteriori pour dire : " Ma vie a un sens" Il n'y a pas à chercher pourquoi j'existe. La vie est purement gratuite... La vie n'est jamais loupée. La vie n'est pas à réussir. Ce n'est pas un objectif. Vivre est à soi sa propre fin " Puis ce commentaire de Pascal : " Quand on commence à considérer la vie comme un dû et non comme un cadeau, quand on dit : " c'est ma place au soleil " on se prépare à beaucoup de souffrances. Car une chose est certaine : au terme de la vie, nous perdons tout. Alors autant tout lui donner "

       Il y a également dans ce petit livre de très belles phrases sur la Rencontre : " Rencontrer l'autre c'est aller vers un autre monde, sortir de soi, de ses repères, de ses carapaces et de ses armures. Sortir du rôle que nous jouons... De nombreuses douleurs sont induites par cette comédie intime que l'on ne cesse de jouer. On joue un rôle pour obtenir de l'affection.... "

         Alexandre Jollien analyse aussi le dépouillement, la détente, la prière, le désir, la patience, l'humilité, la peur, le rire pour conclure : " Pratiquer le Soutra du Diamant, c'est oser la non-fixation dans la souffrance quand celle-ci me visite. Ne m'installer ni en elle, ni dans la joie, d'ailleurs. Ne m'installer nulle part, car dès que l'on plante sa tente, on souffre. On a peur de perdre ce qu'on a, ce que 'on pense et l'on fuit le mouvement de la vie"